Amandine Reix, le PINUM et la mixité · Communauté du numérique des cadres supérieurs de l'État, épisode 1
Publié le jeudi 5 novembre 2026
Sous-directrice spatial, électronique et logiciel à la direction générale des entreprises (DGE) aux ministères économiques et financiers, Amandine Reix partage ce que l’accompagnement dans le cadre du programme PINUM (Parcours Interministériel Numérique) lui apporte, livre son regard sur les freins à la mixité dans les métiers du numérique et donne ses conseils aux femmes cadres tentées par le numérique public.
Dans le cadre du mois de l’innovation publique, une série de témoignages donne la parole aux membres de la communauté du numérique des cadres supérieurs de l’État. Créée en juin 2024 par la direction interministérielle du numérique (DINUM) et la délégation interministérielle à l'encadrement supérieur (DIESE), elle favorise le partage d’expériences et le décloisonnement des univers professionnels. Ses membres peuvent rejoindre le programme PINUM (Parcours Interministériel Numérique), qui les accompagne dans leur projet de mobilité interministérielle : accompagnement personnalisé, mises en relation avec des recruteurs et des pairs, opportunités adaptées à leurs compétences ou encore des ateliers collectifs. Premier témoignage avec Amandine Reix, qui en bénéficie actuellement et qui revient sur son expérience.
Quels sont les trois apports les plus utiles de l’accompagnement PINUM ?
Le premier apport du dispositif PINUM a été de m’aider à élargir mes perspectives professionnelles et à imaginer des parcours auxquels je n’aurais pas spontanément pensé. Mon parcours m’a conduite de la direction générale de l'Armement à l’état-major du ministère des Armées et des Anciens combattants, puis au pilotage de programmes spatiaux et à des fonctions de sous-directrice à la DGE. J’y ai développé des compétences en ingénierie, en pilotage de programmes complexes, en stratégie, en management et en coordination d’acteurs aux profils variés. Le PINUM m’a aidée à envisager comment ces compétences pourraient être mobilisées dans d’autres environnements de l’État, notamment dans le numérique.
Le deuxième apport est la possibilité d’échanger directement avec des personnes qui connaissent les postes et les enjeux des administrations. En octobre 2025, j’ai ainsi été mise en relation pour explorer les perspectives professionnelles au sein des institutions européennes. En septembre 2026, le dispositif a facilité des mises en relation autour de la direction du numérique pour l’éducation (DNE) et de la direction de la transformation numérique (DTNUM) du ministère de l’Intérieur, qui ont donné lieu à des rendez-vous en octobre. Ces échanges m’ont permis d’explorer de nouvelles pistes et de mieux comprendre les possibilités de mobilité.
Le troisième apport est l’ouverture sur une communauté et sur des opportunités concrètes. J’ai participé le 8 juillet 2026 à la rencontre de la communauté du numérique des cadres supérieurs de l’État, organisée par la DIESE et la DINUM. Les échanges sur la souveraineté numérique, l’innovation et les compétences de demain m’ont permis de concrétiser la diversité de cet écosystème. Le mentorat proposé au sein de la communauté constitue également une ressource intéressante pour accompagner les parcours professionnels.
Après 3 ans sur mon poste actuel en tant que sous-directrice, le dispositif m’accompagne dans ma recherche d’un nouveau poste, que j’aborde avec davantage de perspectives, de contacts et de confiance. Le dispositif PINUM ne choisit pas à notre place, mais il nous aide à mieux identifier où nos compétences peuvent être utiles.
Une surprise dans le cadre de cet accompagnement ?
Ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est la diversité des possibilités que l’on peut explorer grâce à un accompagnement interministériel, et surtout le fait que ces possibilités se traduisent par des contacts concrets.
Actuellement sous-directrice à la DGE, je souhaite préparer ma prochaine mobilité. Grâce à PINUM, j’ai pu engager une réflexion qui dépasse le seul périmètre de mon administration actuelle. Les mises en relation ont concerné aussi bien les perspectives européennes que des fonctions de direction ou de transformation numérique dans d’autres ministères.
J’ai notamment pu explorer les enjeux de la DTNum du ministère de l’Intérieur avec Mathieu Weill, directeur de la DTNum, et les perspectives de la DNE autour du poste de sous-directeur de la transformation numérique. J’ai également été informée de postes de direction dans d’autres administrations, notamment au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à la préfecture de Police de Paris et à la direction générale des douanes de droits indirects (DGDDI).
Cette diversité m’a permis d’envisager la mobilité non pas uniquement comme un changement de poste, mais comme une occasion de transférer ses compétences vers de nouveaux enjeux publics.
Quel est, selon vous, le principal frein à la mixité dans les métiers du numérique, et comment peut-on agir au quotidien pour le dépasser ?
Un frein important me semble être la représentation que l’on se fait des métiers du numérique, avec des stéréotypes très masculins ou beaucoup de langage « geek », auquel les femmes n’adhèrent pas forcément. Il me semble aussi que tant qu’on n’atteint pas un seuil de femmes suffisant, ou qu’on n’a pas de femmes au bon niveau, les candidatures ne viennent pas naturellement. Au sein de ma sous-direction, nous arrivons facilement à parité, même sur des domaines très techniques comme le quantique, les hypercalculateurs ou les data centers, sans effort particulier, en bénéficiant d’un effet d’entraînement : la parité entraîne la parité, à tous les niveaux hiérarchiques.
Au-delà des compétences techniques, le numérique public a également besoin de compétences en stratégie, en management, en pilotage de programmes, en conduite du changement et en transformation des organisations. Mon propre parcours illustre cette diversité : mes expériences dans les systèmes techniques, les programmes spatiaux et les fonctions de direction m’ont permis de développer une capacité à relier expertise technologique, enjeux stratégiques et action publique. Ces compétences sont transférables à des environnements différents et on a tout à y gagner pour favoriser les bonnes pratiques et l’interopérabilité.
Pour progresser, il faut rendre les parcours plus visibles, encourager les femmes à candidater à des fonctions à responsabilité et multiplier les occasions de rencontrer des personnes qui peuvent les aider à se projeter.
Cela passe par des gestes quotidiens : partager les opportunités, recommander des profils, valoriser des trajectoires diverses et faire connaître des modèles féminins. Je le fais régulièrement pour les personnes de mon équipe et le succès est réel !
Le mentorat est également un levier important, en particulier pour les femmes. Il permet de prendre du recul sur son parcours, d’identifier ses compétences, de mieux préparer une évolution professionnelle et de gagner en confiance. Il ne s’agit pas de décider à la place de la personne accompagnée, mais de l’aider à envisager des possibilités qu’elle n’aurait pas forcément identifiées seule.
Je suis sensible à ces démarches, notamment à travers mon engagement dans les associations comme Femmes Ingénieures et mon expérience du mentorat des ingénieurs de l’armement au sein de la confédération amicale des Ingénieurs de l'Armement (CAIA). Je crois beaucoup à la transmission et à l’importance de créer des espaces où l’on peut partager ses expériences, ses doutes et ses ambitions.
La mixité ne repose pas uniquement sur la capacité des femmes à oser davantage car les femmes essaient, osent, mais ne sont pas toujours entendues ou acceptées : elle dépend aussi de notre capacité collective à leur ouvrir des perspectives, à reconnaître la valeur de leurs parcours et à les accompagner dans leur progression. C’est également notre rôle à nous, manageurs, de favoriser les parcours des talents de nos équipes.
Quel conseil donneriez-vous à une femme cadre qui hésite à rejoindre le numérique public ou à y évoluer ?
Je lui conseillerais de ne pas limiter ses possibilités aux postes qui ressemblent exactement à ceux qu’elle a déjà occupés, car le numérique, c’est passionnant ! C’est le domaine le plus proche des utilisateurs et résolument concret. Pour sortir de sa zone de confort, chercher des expériences de personnes qui ont fait ce parcours et du soutien est un plus, par le biais des réseaux qui existent (dans le numérique, mais également les réseaux féminins). Les compétences acquises dans des environnements techniques, industriels ou de management peuvent être précieuses dans d’autres domaines.
Il faut oser explorer, poser des questions et aller à la rencontre des personnes qui exercent les métiers qui nous intéressent. Chercher des sponsors et des mises en relation me semble indispensable. Le dispositif PINUM m’a aidée dans cette démarche, par exemple grâce aux échanges sur les perspectives européennes, puis aux mises en relation autour de la DNE et de la DTNUM. Ces rencontres permettent de comprendre concrètement les missions, les attentes et les passerelles possibles. Le dispositif propose aussi des ateliers collectifs pour retravailler son CV et préparer ses entretiens. Je lui conseillerais également de ne pas rester seule face à ses interrogations.
Le mentorat, notamment les démarches qui favorisent l’accompagnement des femmes, peut aider à prendre du recul, à mieux identifier ses forces et à préparer une évolution. Échanger avec une personne qui a déjà traversé certaines étapes permet souvent de gagner du temps, de la confiance et de la liberté dans ses choix.
De mon côté, ça m’a beaucoup aidée et j’ai pu constater en mettant en place le mentorat auprès des ingénieurs de l’armement que ça fonctionne et que ça participe à une véritable évolution personnelle et professionnelle.
La communauté du numérique des cadres supérieurs de l'État, c'est :
👥 370 membres qui fédèrent leurs expertises, partagent leurs bonnes pratiques et font vivre l'intelligence collective au sein de l'administration
🎓 D'abord ouverte aux ingénieurs des grands corps techniques (Ponts, Eaux et Forêts, Mines, Armement, Statistique de l’Économie et de la Donnée), aujourd’hui élargie aux autres corps de l’encadrement supérieur de l’État et aux agents publics en emploi fonctionnel en administration centrale ou en service déconcentré
📜 Un manifeste fondateur basé sur l'ouverture, l'entraide, la hauteur de vue et les compétences techniques
🤝 Des groupes de travail thématiques, des évènements fédérateurs, des retours d'expérience et des expéditions apprenantes, qui rythment la vie de la communauté
🚀 Le PINUM avec 102 membres accompagnés et 48 mobilités réussies en 18 mois pour fidéliser les talents dans le numérique public
(Ouvre une nouvelle fenêtre) En savoir plus et rejoindre la communauté du numérique des cadres supérieurs de l'État sur numerique.gouv.fr