Club Contributeurs : expérimenter une nouvelle gouvernance des produits numériques interministériels

Publié le mardi 2 juin 2026

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Lors d’un atelier de travail organisé à la DINUM, qui réunit notamment l'ADEME et l'Académie Nancy-Metz, ces dernières réalisent qu'elles travaillent depuis des mois sur un même problème : comment mieux gérer leurs sites internet respectifs. L'Académie, plus avancée sur la solution à mettre en place, fait alors bénéficier l'ADEME de son travail.

Cette conversation aurait du avoir lieu bien plus tôt. Et surtout, elle est loin d’être un cas isolé : à l’échelle de l’État, des centaines d’équipes travaillent encore sur des problématiques numériques similaires : accessibilité, sécurité, performance, gestion éditoriale... Bien souvent, sans espace pour mutualiser leurs retours d’expérience, leurs développements ou leurs apprentissages

Résultat : certains besoins sont traités plusieurs fois, par des administrations différentes, avec des budgets, des prestataires et des calendriers distincts.

C’est pour répondre à cette fragmentation que la DINUM expérimente depuis plusieurs mois un nouveau format de gouvernance collaborative : les Clubs Contributeurs.

Une expérimentation menée à l’échelle de plusieurs produits

Deux premiers Clubs Contributeurs se sont progressivement structurés autour de produits interministériels :

  • le Club administrations La Suite ;
  • le Club Contributeurs Sites Conformes.

Derrière cette expérimentation, l’enjeu dépasse la simple animation de communauté produit.

Pour la DINUM, il s’agit aussi de faire évoluer la manière dont les produits interministériels sont financés, pilotés et améliorés dans le temps :

  • impliquer davantage les administrations utilisatrices dans la gouvernance des produits ;
  • éviter que certaines évolutions stratégiques reposent uniquement sur une seule équipe ou un seul financeur ;
  • renforcer la résilience des produits en diversifiant les contributions ;
  • faire émerger une expertise collective à l’échelle de l’État.

Car chaque administration apporte aussi ses propres contraintes métier et ses domaines d’expertise : l’ANSSI sur les enjeux de sécurité, l’ADEME sur l’écoconception, l’Éducation nationale sur les problématiques de déploiement à grande échelle... Le Club devient dans ce cadre autant un espace de gouvernance produit qu’un lieu de circulation des savoirs entre administrations.

Cette expérimentation s’inspire notamment du modèle du (Ouvre une nouvelle fenêtre) club utilisateurs de Decidim, une plateforme open source de démocratie participative dont la gouvernance repose sur une forte implication de sa communauté d’utilisateurs et de contributeurs.

L’idée des Clubs Contributeurs est simple : créer un cadre de collaboration plus agile et plus ouvert entre les équipes produit de l’État et les administrations utilisatrices.

Concrètement, ces Clubs permettent aux administrations contributrices de :

  • remonter leurs besoins fonctionnels et leurs problématiques métier ;
  • participer collectivement à la priorisation d’une feuille de route commune ;
  • contribuer financièrement ou techniquement au développement du produit ;
  • bénéficier d’échanges directs et réguliers avec les équipes produit ;
  • mutualiser les investissements autour d’un commun numérique interministériel partagé.

Au-delà de la gouvernance produit, cette approche s’inscrit dans une logique plus large de communs numériques : mutualiser les coûts, éviter les redondances entre administrations et renforcer la souveraineté numérique de l’État autour de solutions ouvertes, maîtrisées et réutilisables.

Mais concrètement, à quoi ressemble ce modèle lorsqu’il est appliqué à un produit interministériel ?
Le Club Contributeurs Sites Conformes constitue aujourd’hui l’une des premières expérimentations structurées de cette approche. Gouvernance partagée, priorisation collective de la roadmap, contribution financière ou technique : ce dispositif permet d’explorer de nouvelles manières de faire évoluer un produit numérique public avec, et non uniquement pour, ses administrations utilisatrices.

Zoom sur le Club Contributeurs Sites Conformes

Sites Conformes, un commun numérique pour les sites de l’État

L’État dénombre aujourd’hui plus de 5 000 sites internet, dont près de 58,5 % sont de simples sites vitrines. Le coût moyen de création d'un site vitrine de l'État (Ouvre une nouvelle fenêtre) s'élève à (Ouvre une nouvelle fenêtre) 97 000 € TTC, sans compter l'hébergement pluriannuel et la maintenance évolutive. Et, au-delà du budget, la qualité des sites reste très hétérogène.

Ainsi, selon le Panorama des domaines de l’État publié par le SIG :

Derrière ces chiffres se cache un problème structurel plus large : de nombreuses administrations continuent encore à résoudre séparément des problèmes pourtant très similaires. Accessibilité, conformité DSFR, sécurité, performance, gestion éditoriale, maintenance : les mêmes enjeux reviennent d’un ministère à l’autre, souvent avec des budgets, prestataires ou calendriers différents.

À l’échelle de l’État, cela produit un paradoxe : des dépenses dupliquées, une forte hétérogénéité de qualité et peu d’espaces pour mutualiser les apprentissages.

L’ambition de (Ouvre une nouvelle fenêtre) Sites Conformes, une surcouche du CMS open source Wagtail, est justement d’inverser cette logique : plutôt que de financer des centaines de solutions isolées, construire un socle commun réutilisable, améliorable collectivement et partageable entre administrations. L'outil permet de créer des sites internet, intranet et extranet conformes aux standards de l’État, sans nécessiter de compétences en développement.

Sites Conformes repose sur le CMS open source Wagtail, développé en Python Django et maintenu par une importante communauté internationale. Depuis 2023, la DINUM travaille à adapter ce socle aux exigences de l’État en matière d’accessibilité, de sécurité et de conformité au DSFR. Au-delà de la qualité et de la conformité, les économies sont également au rendez-vous : en moyenne, un site internet réalisé avec Sites Conformes (Ouvre une nouvelle fenêtre) coûte 5 200 € à l'État, soit 14 fois moins qu'un site "classique".

Concrètement, cela signifie qu’une évolution financée une seule fois peut ensuite être réutilisée par des dizaines d’administrations.

Là où certains sites vitrines peuvent coûter près de 97 000 €, Sites Conformes permet non seulement de réduire drastiquement les coûts, mais aussi de mutualiser les investissements futurs.
Une fonctionnalité financée pour répondre à un besoin précis peut ensuite améliorer la qualité de plus de 60 sites déjà déployés.

Une gouvernance contributive et interministérielle

Le Club Contributeurs Sites Conformes rassemble aujourd’hui plusieurs administrations contributrices aux profils variés : (Ouvre une nouvelle fenêtre) l'ADEME (l'Agence de la Transition Écologique), (Ouvre une nouvelle fenêtre) l'ANSSI (l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information), le (Ouvre une nouvelle fenêtre) SGAMI Est (le Secrétariat Général pour l'Administration du Ministère de l'Intérieur) et (Ouvre une nouvelle fenêtre) l'Académie Nancy-Metz font partie des pionniers ayant rejoint cette expérimentation d'un nouveau mode de gouvernance participative. Des membres observateurs participent également aux échanges, comme les ministères sociaux.

Les administrations ayant rejoint le Club partagent aussi un même constat : continuer à fonctionner seules a un coût. Pour certaines, cela implique de continuer à financer isolément des développements déjà réalisés ailleurs. Pour d’autres, rester dépendantes d’une feuille de route sur laquelle elles avaient peu de prise. Ou encore, multiplier les prestations spécifiques pour résoudre des problèmes déjà rencontrés par d’autres administrations.

En rejoignant le Club, elles font un choix inverse : ne plus payer deux fois pour le même problème.

Cette diversité est importante : elle permet de confronter des réalités métier différentes et de construire des évolutions réutilisables au-delà d’un seul contexte administratif.

Au-delà de leurs besoins opérationnels, plusieurs administrations voient aussi Sites Conformes comme un levier direct au service de leur mission publique :

  • Pour l’ANSSI, contribuer au produit participe à élever le niveau global de sécurité des sites de l’État ;
  • Pour l’ADEME, l’enjeu est aussi de diffuser de meilleures pratiques d’écoconception numérique.

Chaque contribution dépasse ainsi le seul intérêt d’une administration : elle améliore un socle partagé utilisé par d’autres acteurs publics.

Aujourd'hui, au sein du Club Contributeurs, deux modalités de contribution coexistent : une participation financière de la part des membres, ainsi que la contribution technique directe au produit, sous forme de contribution au code ou à la documentation par exemple.

Une méthodologie inspirée de l’open source

Pour que cette gouvernance contributive fonctionne dans la durée, encore faut-il définir un cadre clair : comment les besoins sont-ils remontés ? Comment les arbitrages sont-ils réalisés ? Quels espaces de discussion et de décision permettent de faire vivre le produit sans alourdir la gouvernance ?

Le Club Contributeurs Sites Conformes s’est progressivement structuré autour de rituels, de méthodes de priorisation et de principes inspirés du fonctionnement des communautés open source.

Un kick-off collectif pour poser les bases

Le lancement du Club s’est structuré autour d’un temps collectif en présentiel réunissant les administrations contributrices et l’équipe produit Sites Conformes. L’objectif était double : collecter les attentes et besoins prioritaires, tout en définissant les modalités de fonctionnement du collectif.

Ce premier atelier a aussi permis de faire émerger un constat partagé : de nombreuses administrations travaillent déjà sur des problématiques très proches, souvent sans le savoir.

Très rapidement, plusieurs convergences apparaissent dans les échanges. Certaines équipes évoquent les mêmes difficultés autour de la gestion multilingue de leurs sites. D’autres partagent des enjeux similaires liés à l’accessibilité, à la sécurité ou au déploiement technique du produit dans leurs organisations respectives.

Ce qui était jusque-là traité comme des besoins isolés devient alors un sujet collectif. Les discussions permettent non seulement de confronter les usages métier, mais aussi d’identifier quelles évolutions gagneraient à être mutualisées au sein du produit plutôt que développées séparément par chaque administration.

Le kick-off a ainsi joué un rôle important dans la structuration du Club : créer un espace où les administrations peuvent mettre en commun leurs contraintes, leurs retours d’expérience et leurs priorités produit.

Ce premier temps de travail a notamment permis :

  • d’identifier les principales priorités de chaque administration ;
  • de poser les premiers jalons d’une feuille de route commune ;
  • de définir les outils et rituels de collaboration.

Une gouvernance encadrée par une charte

Le Club repose aussi sur une charte précisant les principes d’organisation, de décision et de contribution du produit interministériel Sites Conformes.

Plusieurs principes structurants y sont affirmés, à commencer par celui du commun numérique : les développements réalisés dans le cadre de Sites Conformes sont publiés en open source sous licence AGPL v3 et bénéficient à l’ensemble des administrations. D'autres licences libres peuvent être mobilisées (comme la licence MIT dans le cas de La Suite numérique).

La mutualisation repose sur un principe simple : priorité aux 80 % d'usages communs à toutes les administrations. Le reste (les besoins spécifiques) peut faire l'objet d'adaptations de feuille de route ou de développements complémentaires portés par les administrations elles-mêmes, sous forme de plugins, comme c'est déjà le cas dans Grist.

Enfin, la gouvernance a été conçue comme évolutive. Elle peut s’adapter selon le nombre d’administrations contributrices, le budget mutualisé, ou encore les besoins émergents du produit. Les administrations rejoignent le Club pour la durée de leur convention avec la DINUM, actuellement fixée à un an, avec possibilité de renouvellement.

Prioriser collectivement la roadmap

L'un des points clés de fonctionnement du Club concerne la manière dont les besoins sont discutés et priorisés collectivement.

Pour éviter une gouvernance trop descendante, la roadmap de Sites Conformes est accessible publiquement et partagée en continu avec les membres du Club. Cette transparence permet aux administrations contributrices de suivre les évolutions du produit, d’identifier les sujets en cours et de nourrir les échanges autour des besoins émergents.

Tous les six mois, un comité produit réunit les membres du Club afin d’orienter la stratégie du produit et de prioriser les grands chantiers à venir. Ces temps d’échange permettent de confronter les réalités métier de chaque administration, de faire émerger des problématiques communes et d’identifier les évolutions ayant le plus de valeur pour la communauté d’utilisateurs dans son ensemble.

Les discussions ne portent pas uniquement sur des “fonctionnalités souhaitées”, mais plus largement sur les problèmes rencontrés par les administrations dans leurs usages du produit. Cette approche permet d’éviter de figer trop tôt les réponses techniques et favorise une réflexion plus collective sur les usages et les priorités.

Les décisions sont recherchées autant que possible par consensus entre les membres du Club. Lorsque plusieurs priorités entrent en tension ou qu’un arbitrage est nécessaire, l’équipe cœur de Sites Conformes et la DINUM conservent un rôle de décision, en s’appuyant sur leur connaissance plus large des besoins de l’ensemble de la communauté utilisatrice.

Cette organisation permet de maintenir un équilibre entre ouverture contributive, gouvernance collective et cohérence produit à l’échelle interministérielle.

Premiers apprentissages

Bien qu'encore récente, cette expérimentation fait déjà émerger plusieurs enseignements.

Le format Club Contributeurs permet notamment :

  • de mieux distinguer les sujets structurants des besoins plus ponctuels ;
  • d’alimenter plus efficacement la roadmap de développement des produits interministériels, en la confrontant aux réalités du terrain et aux besoins réels des administrations ;
  • d’impliquer aussi plus tôt les administrations sur des sujets exploratoires et une vision long terme ;
  • de fluidifier la circulation d’information entre les équipes produit et les utilisateurs.

Plusieurs défis restent néanmoins ouverts, faisant écho aux enjeux fréquemment retrouvés dans les projets de communs numériques : créer durablement de l’adhésion au sein de la communauté des contributeurs, éviter une gouvernance trop chronophage et structurer des groupes de travail plus ciblés sur certaines problématiques spécifiques.

Et la suite ?

À travers cette expérimentation, la DINUM explore une autre manière de construire des produits numériques interministériels : plus contributive, plus mutualisée et davantage ancrée dans les réalités de terrain.

Le Club Contributeurs Sites Conformes ne cherche pas uniquement à améliorer un produit. Il tente aussi de répondre à une question plus large : comment permettre aux administrations publiques de coopérer davantage sur les outils numériques qu’elles utilisent au quotidien ?

Derrière les enjeux de gouvernance, c’est aussi une autre logique de fabrication publique qui se dessine : partager plutôt que dupliquer, mutualiser plutôt qu’isoler, construire avec les utilisateurs plutôt que seulement pour eux.

Le Club a vocation à continuer de s’élargir progressivement à d’autres administrations souhaitant participer activement à l’évolution du produit et contribuer à un commun numérique réutilisable à l’échelle de l’État.

Vous souhaitez vous impliquer dans l'initiative ? (Ouvre une nouvelle fenêtre) Rejoignez le Club Contributeurs Sites Conformes ou (Ouvre une nouvelle fenêtre) prenez contact directement avec les équipes !