"Derrière le bouton" : la parole à Eric Heijligers, chef de produit au lancement pour FranceConnect
Publié le jeudi 2 juillet 2026
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45 millions d'utilisateurs, 79 % de confiance, 10 ans d'existence. FranceConnect s'est imposé dans le quotidien numérique des Français. Derrière ce dispositif souverain qui simplifie l'accès à la santé, aux impôts, à la retraite, il y a des femmes et des hommes qui le conçoivent, le sécurisent, le font vivre au quotidien. À l'occasion des 10 ans de FranceConnect, nous leur donnons la parole.
Te souviens-tu des tout premiers jours du projet ? Dans quel état d'esprit étiez-vous à la DILA pour poser les bases de FranceConnect ?
On était à la DILA, avec une équipe Octo et mes collègues. L'atmosphère ? De l'énergie pure. On parlait agilité, eIDAS, on imaginait un nouvel outil d'identification pour les Français — et l'intelligence collective tournait à plein régime. Tout le monde avait hâte de commencer à coder. On ne se posait même pas la question de savoir si ça allait marcher. Ce qui nous animait, c'était de trouver la meilleure réponse possible à un vrai problème de souveraineté : comment les Français allaient s'identifier en ligne, sans dépendre de géants privés. La question n'était pas "est-ce que ça va marcher ?", c'était "quelle est la meilleure solution ?"
Quel a été le plus gros défi technique ou stratégique que vous avez dû surmonter lors de la phase de lancement ?
La galère du démarrage, c'est ce qu'on appelle l'œuf et la poule. Pour convaincre un Fournisseur d'Identité de rejoindre FranceConnect, il fallait qu'il y ait déjà des Fournisseurs de Services. Et pour convaincre un Fournisseur de Services, il fallait qu'il y ait des Fournisseurs d'Identité. Ce cercle vicieux, on l'a vécu de l'intérieur, à essayer de convaincre des partenaires d'embarquer dans quelque chose qui n'existait pas encore vraiment. C'est probablement l'un des défis les plus ingrats du lancement — et en même temps, une fois qu'on a réussi à le briser, ça a tout débloqué.
À quel moment précis as-tu réalisé que le projet basculait d'une simple expérimentation à un service public d'envergure nationale ?
C'est le jour où le bouton FranceConnect a été installé sur (Ouvre une nouvelle fenêtre) service-public.fr. Jusque-là, on tournait autour d'une dizaine de connexions par jour. À la fin de cette première journée sur le site, on était à plus de 500. C'est à ce moment-là qu'on a compris que ce n'était plus un projet prometteur — c'était un service réel, utilisé, attendu.
Si tu devais comparer la vision initiale avec le FranceConnect d'aujourd'hui, quelle évolution ou décision t'aurait le plus surpris à l'époque ?
Ce qui me surprendrait le plus si je revenais en arrière ? La création de FranceConnect+. À l'époque, tout était pensé pour n'être qu'un seul et même outil, avec plusieurs niveaux de sécurité intégrés au sein du cadre eIDAS. L'idée d'en faire deux entités distinctes, ça n'était pas dans le plan. Ce n'est pas un échec — c'est une adaptation à la réalité réglementaire et aux usages — mais ça aurait certainement étonné l'équipe du début.
Qu'est-ce qui se passe "derrière le rideau" d'un grand projet d'État et dont les utilisateurs ou le grand public n'ont absolument pas conscience ?
Il y a une contrainte que peu de gens imaginent : quand une annonce politique est décidée sur votre produit, vous arrêtez de communiquer. Complètement. Pas d'article, pas de retour d'expérience, pas de prise de parole publique — parce que tout doit attendre le moment de l'annonce officielle. Et comme cette date n'est jamais fixe, on prend son mal en patience, parfois pendant des semaines. C'est une forme de frustration silencieuse que vivent beaucoup d'équipes produit dans le secteur public, et qu'on ne voit jamais de l'extérieur.
Si FranceConnect était une personne (ou un personnage), à quoi ressemblerait-elle ?
Ce serait deux personnes — France et Connect — qui seraient siamois. Parce que FranceConnect s'écrit tout attaché : inséparable, indivisible !
En 10 ans d'existence, quel reste le souvenir d'équipe ou le moment de cohésion le plus fort que tu as vécu ?
Sans hésiter : le hackathon "FranceConnect et l'État plateforme", qu'on avait organisé à l'école d'architecture pour promouvoir FranceConnect par l'usage. Une centaine de personnes venues de tous les ministères, une journée entière de travail collectif, une ambiance exceptionnelle — et beaucoup d'agents de la DINSIC mobilisés pour l'occasion. C'était exactement l'esprit qu'on voulait incarner : montrer que FranceConnect n'était pas qu'un bouton, mais une infrastructure au service de tout un écosystème.